samedi 16 janvier 2010

Entre deux rizières


Après un mois, il est grand temps de faire un petit compte rendu de mon début d'année au Vietnam.
J'ai passé les derniers jours de 2009 à Saigon, pour notamment y prolonger mon visa et célébrer l'an nouveau avec un groupe de couchsurfers dans un club soi-disant branché, où le prix de la bière équivaut à celui d'une bière dans un club genevois soi-disant branché. J'ai finalement fêté ça avec quelques autres rescapés, dans la rue, plus intéressante, moins bruyante (la tech c'est définitivement pas pour moi) et moins chère. Après ces quelques jours passés au milieu de la circulation incessante, de l'air tantôt pollué, tantôt épicé et des quelques 8 millions de personnes peuplant cette ville, je me suis re-dirigée vers le sud, à Can Tho. J'y ai rencontré mon interprète et j'ai préparé mes affaires pour partir dans ce qu'on nomme communément une région "isolée".

J'ai donc pris la route pour Tam Nong dans la province de Dong Thap, toujours dans le Delta du Mékong, à bord d'une splendide jeep sur-climatisée, accompagnée du professeur vietnamien qui m'encadre, de mes deux interprètes (un officiel dont l'anglais laisse à désirer, et une autre pour essayer de le compléter) et de l'ancienne responsable de la Women Union (organisation de masse au Vietnam, liée au gouvernement, et responsable du programme de microcrédit que j'étudie).

Ferry entre Vinh Long et Can Tho

Arrivés sur place, nous avons passé la première journée à visiter plusieurs ménages dans différents villages du district de Tam Nong, histoire de montrer les excellents résultats du programme que j'étudie à la directrice d'une autre ONG, venue se rendre compte de la situation dans cette région et désireuse de mettre en place un autre programme de microcrédit. Nous avons écouté plusieurs femmes témoigner fièrement de leur investissement dans l'élevage de porcs ou de canards, et j'ai donc eu là un aperçu de ce que je verrais durant 10 jours.

Affiche sur le bureau de la Women Union
(comme on peut le voir, la femme vietnamienne participe au développement du pays...)

J'ai toujours su que j'avais quelque chose de naturellement effrayant

J'ai donc pris mes quartiers dans une guesthouse qui accueille habituellement plutôt les visiteurs du Parc national de Tram Chim et j'ai étendu l'indispensable moustiquaire qui me permettra de sortir pas trop abîmée de ce séjour. Et bien entendu, je dois maintenant m'acquitter de mon devoir d'étrangère, c'est-à-dire accepter toutes les invitations à dîner, à boire et même à jouer au tennis (passe-temps favori des autorités responsables du district). J'accepte donc de manger, de boire, mais malheureusement je ne trouverai pas le temps d'échanger quelques balles. J'expérimente de nouveaux plats et surtout j'apprends à boire leur alcool (dont la provenance est généralement assez mystérieuse) : un verre de 1dl, on fait 50/50 avec une autre personne, c'est "gérable".

Bref, je passe une dizaine de jours dans cette région, entre rizières et Mékong, avec un rythme effréné: 3 entretiens de 2h minimum par jour. Je me mets même au café (avec 50% de sweet milk, ça passe toujours mieux). La communication n'est pas toujours évidente, mes interprètes font de leur mieux et moi, j'ai beau écouté cette langue à longueur de journée, ça rentre pas. Donc en gros, je me lève de très bonne heure, je déjeune (des nouilles de riz) avec les hauts fonctionnaires du district (j'ai même eu l'honneur de la présence du chef de l'armée et de ses petites pointes d'humour), je fais des entretiens, je mange (du riz), je fais une sieste, je fais des entretiens, je distribue quelques bonbons, je mange (des nouilles de riz ou du riz, selon l'envie...) et je m'endors au doux son des geckos. Voilà à quoi ont ressemblé mes 10 jours de recherche de terrain, une expérience très enrichissante et enfin l'occasion de découvrir le Vietnam sans touristes. C'est une région pauvre du Vietnam, mais de loin pas la plus pauvre et comme une grande partie du Vietnam, elle est en plein développement. Partout on y construit des routes, des ponts, des maisons plus solides. Et la télévision est une constante, même dans les cabanes en bois qui semblent pouvoir s'écrouler à tout moment. Un moyen en plus pour le gouvernement de tenir ses fidèles informés de la grandeur du pays et du PC.

Petit aperçu de la région
Vue depuis ma chambre... un court de tennis tristement abandonné

Le marché local

La vente de billets de loterie, ou comment occuper les gens de tous âges et de toutes conditions


Tous les matins, à bord de nos scooters, nous empruntons une route étroite et poussiéreuse pour nous rendre chez les différentes familles. Cette route est en construction à certains endroits, ce qui demande de faire quelques acrobaties avec nos "pétroleuses". Les maisons des hameaux composants le village sont toutes construites le long de cette route et derrière celles-ci se trouve un canal, puis des rizières. Région agricole donc, où la cultivation de riz et l'élevage d'animaux représentent 80% des activités.

"Much more rice"

Les toilettes fertilisantes et avec vue

Activités sportives du soir



Au total, 20 familles m'ont accueillie et partagé leur expérience. Des familles pauvres et d'autres moins, dans des maisons en bois et en feuilles ou dans des maisons en béton avec un sol carrelé. Toutes ont des activités variées, allant de la cultivation de riz (beaucoup vendent leur force de travail, car ne possédant pas de terre) au petit magasin en passant par l'artisanat et l'élevage d'animaux. Toutes ont la télévision.

Le moyen d'épargne me rappelant vaguement ma jeunesse...

Et un petit aperçu de ce que je déguste ici, je vous épargne le poisson fermenté et l'embryon de canard...


Depuis une semaine je suis de retour à Can Tho, dans un nouvel hôtel plus tranquille (sauf lorsque la maison d'a côté célèbre son deuil à 6h du matin au rythme du tambour et des trompettes...). Je passe maintenant mes journées à repérer un petit café sympa, où je m'installe pour entrer toutes ces données dans mon fidèle ordinateur, et je continue à découvrir la région, les spécialités et j'assiste aussi à l'effervescence et à l'apparition de fleurs et de gadgets kitschs avant le Têt (nouvel an vietnamien qui a lieu dans 2 semaines).

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